Rencontre avec Yann Gasnier de Green Jumangy

28/06/2021
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Comment accompagnez-vous les collectivités dans leur démarche de transition énergétique ?

YG : Avec Julien Maurel, acheteur confirmé passé notamment par la Mairie de Lyon et GL-Event (COP 18, 19 et 20), Ludovic Entemeyer, anciennement responsable de la cellule énergie de la métropole du Grand Nancy et mon expérience en accompagnement des organisations publiques dans la gestion de projets transverses, notre idée d’origine était d’apporter nos expertises pour accompagner les collectivités sur la gestion de leurs dépenses énergétiques.

La complexité réglementaire, administrative et financière ralentie considérablement la mise en place de projets qui ont, initialement, pour but de simplifier les actions et réduire les charges des établissements publics. Depuis près de 15 ans, les Cabinets d’Audits ont accompagné les établissements publics dans l’optimisation des dépenses fiscales et sociales, qui était le poste principal des dépenses de fonctionnement (entre 35 et 45 %). Maintenant que ce travail de dégrossissement et de structuration a été effectué, le poste sur lequel il est nécessaire d’agir, en dehors de l’aspect environnemental, ce sont les dépenses énergétiques.

Pour ce faire, nous proposons aux acteurs publics de les aider à toutes les étapes de leur projet : de la définition des besoins à l’accompagnement au financement, notamment avec la valorisation des certificats d’économie d’énergie (CEE).

 

Le dispositif éco-énergie tertiaire fixe des objectifs ambitieux d’économies d’énergie à horizon 2030. Les collectivités sont-elles prêtes pour répondre à ce défi majeur ?

YG : Tous les outils sont là pour y répondre. Le souci est plutôt de se structurer et de s’organiser pour y répondre. Les évolutions technologiques associées aux différents programmes incitatifs doivent permettre à tous les établissements publics de répondre aux exigences ambitieuses qui sont demandées. Dernièrement, c’est encore

5 milliards d’euros qui viennent d’être mis à la disposition des collectivités pour passer à l’action. Si on cumule l’ensemble des programmes depuis 2 ans, on arrive à près de 10 milliards d’euros.

Mais dans les méandres de ces programmes Européens, français, de la Banque des Territoires (Groupe CdC), l’ADEME, la FNCCR… Faut-il encore être informé et monter les dossiers dans les délais parfois concomitants.

 

En matière de transition énergétique des bâtiments, quelles sont les problématiques les plus fréquemment rencontrées par les collectivités ?

YG : Malheureusement, pour agir contre les bâtiments passoires ou plus généralement pour répondre aux contraintes du Décret Tertiaire, faut-il encore connaître son patrimoine.

Jusque-là, ce sont les « sachants » qui proposaient des analyses permettant la réduction des consommations d’énergies (EDF, exploitants...). Mais franchement, demande-t-on à Marlboro des méthodes pour arrêter de fumer ?

Les collectivités doivent prendre le contrôle de la connaissance de la dépense énergétique de leur patrimoine pour définir leur propre stratégie de programmation budgétaire et de priorisation des actions.

 

Le plan de relance prévoit 4 milliards d’euros pour la rénovation énergétique des bâtiments publics. Quels sont les dispositifs vers lesquels les collectivités peuvent se tourner ?

YG : Avec l’ensemble des financements disponibles avant le Plan de relance et ces 4 milliards complémentaires, tous les acteurs peuvent y trouver leur compte. Que vous soyez une collectivité territoriale, un bailleur, une PME et même un particulier : il existe très certainement un programme vous permettant d’agir sur la rénovation énergétique de votre patrimoine.

L’enveloppe est attrayante, mais le même problème se pose pour l’ensemble des acteurs. Pour prétendre à ces programmes, il faut une expertise, des connaissances et bien souvent un appui administratif.

A ces programmes viennent s’ajouter les Certificats d’économies d’énergies (CEE), qui permettent de financer et mettre en application les mesures nécessaires à la transition énergétique.

 

Quelques exemples d’actions prises en charges dans ces programmes :

  • Outil de simulation, formation synthétique
  • Parcours d'accompagnement modulaires
  • Analyse de parc
  • Mobilisation des collectivités et des particuliers
  • Sensibilisation et formation des copropriétaires 
  • Sensibilisation et formation des gestionnaires de syndics 
  • Certification Iso 50001 
  • Sensibilisation et financement de VAE (Vélo à Assistance Électrique)
  • Financement de bornes électriques (Individuelles ou Collectives)
  • Prêt Économie d’Énergie

 

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Crédit : Nicolas Savignat (unsplash)

Vous vous appuyez notamment sur le Programme ACTEE de la FNCCR pour aider les collectivités, pouvez-vous nous parler de ce dispositif ?

YG : Le Programme ACTEE est la deuxième expérience portée par la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Aux vues du succès de la première session de 2018, la FNCCR porte un projet de 100 millions d’euros pour accompagner les groupements publics dans la phase de structuration et d’organisation préparatoire au Décret Tertiaire.

Il s’appuie sur deux piliers : l’approche long terme car les démarches, même s’il s’agit d’actions à gain rapide, doivent être inscrites dans une stratégie globale pluriannuelle et la mutualisation (une collectivité seule ne peut candidater, elle doit forcément se rapprocher d’une autre collectivité́). En revanche, aucune maille n’est imposée par le programme (ni en surface, ni en type de collectivité, ni en nombre de bâtiments ou autre critère) ; c’est avant tout la logique territoriale qui doit primer. Guillaume Perrin, le pilote de ce programme au sein de la FNCCR a monté une équipe de spécialistes pour coordonner et accompagner toutes les demandes.

 

Comment les collectivités peuvent-elles se préparer pour répondre aux appels à projets ?

YG : Le premier conseil que je peux leur donner, c’est de s’y prendre à l’avance !

Le cœur de la candidature s’appuie sur deux principes importants que sont la connaissance de son patrimoine et une approche innovante sur la méthode, la gestion et l’organisation pouvant être scalable.

Il est donc primordial d’anticiper un maximum afin de définir quelles vont être les partenaires, sur quel périmètre agir, obtenir la base de connaissance et déterminer la stratégie de réponse pour optimiser les chances d’être lauréat.

 

Quel accompagnement et quelles aides sont proposées aux collectivités par ACTEE ?

YG : Outre les équipes de la FNCCR, qui sont de véritables facilitateurs pour toute la construction des dossiers, les aides représentent 50% des sommes engagées (dans la limite des seuils), sur 3 des 4 axes des AMI. Il y a quatre axes majeurs :

  • Les postes d’économes de flux
  • Les outils de mesure et les petits équipements
  • Les audits et stratégies pluriannuelles d’investissement
  • L’aide au financement de la maitrise d’œuvre

 

Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets de projets menés grâce au programme ACTEE ?

YG : Notre démarche s’articule sur un ensemble d’actions complémentaires en fonction des besoins de nos clients et dans la limite de nos compétences liées à chaque projet.

La première étape consiste à la construction du dossier de candidature en assurant à la fois une coordination du futur groupement et une réflexion sur l’angle d’attaque pour une réponse singulière pouvant séduire le jury. Dans cette continuité, nous assurons la rédaction de l’ensemble des documents constitutifs à la candidature.

C’est une fois cette première étape réussie et que le groupement est lauréat que les choses sérieuses commencent, car il faut mettre en application l’ensemble des opérations afin de respecter les engagements et le timing de la convention.

Ainsi, sur l’AMI Sequoia, nous avons accompagné une Agglomération et ses 17 membres. Le programme s’organise sur la conjonction des points suivants : l’embauche d’un économe de flux, la réalisation d’audits énergétiques, un programme de sensibilisation et certification ISO 50001, la mise en place d’un outil de gestion de projets collaboratif et la mise en place d’un outil de pilotage des dépenses énergétiques. L’objectif est de simplifier, coordonner et accompagner chacun des membres pour les tirer vers le haut.

Pour l’AMI Eucalyptus, nous sommes sur un projet d’ampleur de plus de 300 lycées qui s’appuie sur trois axes complémentaires. Une meilleure connaissance des consommations de chaque site par une campagne d’instrumentation ; une campagne de sensibilisation sur l’ensemble des acteurs de la région et une préparation pour la mise en place d’un Marché Global de Performance.

Avec l’AMI Merisier, nous accompagnons une Métropole dans une démarche méthodologique, sur l’ensemble de ses groupes scolaires, permettant d’aborder les contraintes du Décret Tertiaire.

Pour l’AMI Charme, nous avons effectué un travail collaboratif avec le Cabinet E6 Consulting afin de donner une matrice de méthode à destination des établissements sanitaires et sociaux.

Enfin, pour l’AMI Pensée, sur la base d’un programme expérimental, nous avons accompagné deux groupements hospitaliers de territoire sur une approche régionale et une dynamique super intéressante de collaboration entre des établissements qui, naturellement, ne sont pas habitués à travailler ensemble.

Au total, ce sont près de 10 000 000 d’euros d’investissements portés (subventionnés à 50%). Et si on se réfère aux données du programme ACTEE : pour 1€ investi, c’est 10,44 € de travaux locaux : un super challenge !

Il faut remercier les équipes FNCCR de Guillaume Perrin qui m’ont accompagné dans ces projets : Lionel Guy, Amaury Fievez, Hadrien Serougne, Hélène Haller et Fabien Deycard.

Autres points importants à souligner, la FNCCR, l’AITF et l’ADEME réalisent des actions conjointes avec la mise en place d’ateliers métiers pour apporter des retours d’expériences réussies et une généralisation des bonnes pratiques.

Les thèmes abordés seront variés : marchés groupés d’énergies, optimisation des contrats d’énergie, objets connectés (IoT), etc. La programmation de ces ateliers est prévue pour la rentrée 2021.

Nous allons également reconduire le parangonnage logiciel avec l’objectif de donner aux futurs utilisateurs les moyens de sortir du discours marketé de certains éditeurs.

Alors que depuis des années la fonction publique est présentée comme le mauvais élève, on constate une convergence d’acteurs qui dynamise ce secteur. L’approche proposée permet de prendre le sujet par le bon bout. La solution portée par la FNCCR et le programme ACTEE, qui consiste à structurer une offre qui pose les bases de la connaissance de son patrimoine énergétique, garantit par la suite de mieux agir sur ce levier. Grâce à ces premières actions structurantes, les établissements publics pourront intelligemment aller chercher les aides nécessaires à la réalisation de travaux pertinents. Ces aides pouvant être portées par l’ADEME, les Départements, les Régions ou même l’Europe.

 

 

En savoir plus sur le programme ACTEE : 
ACTEE FNCCR

 

Vous souhaitez en savoir plus sur Green Jumangy ? Contactez Yann Gasnier : yann.gasnier@green-jumangy.com 

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